
Voici les maĂźtres mots: menstrue libre, bien vivre ton cycle !
Saviez-vous quâen Afrique des centaines de millions de filles et de femmes peinent Ă gĂ©rer leurs menstruations ?
Selon UNICEF une fille sur dix abandonne l’Ă©cole durant ses rĂšgles et 83% de celles qui y restent, ressentent une grande anxiĂ©tĂ© due Ă la douleur et Ă la honte.
Le mardi 28 mai 2024, la salle de cinĂ©ma Majestic Ă Yopougon Cosmos a accueilli la JournĂ©e Internationale des 72 Heures des Menstruelle en Afrique. Cette cĂ©rĂ©monie est organisĂ©e par l’OSEFF.
La JournĂ©e Internationale des 72 Heures des Menstrues, cĂ©lĂ©brĂ©e en CĂŽte d’Ivoire, va bien au-delĂ d’une simple commĂ©moration. C’est un appel Ă l’action pour sensibiliser et Ă©duquer sur la santĂ© menstruelle, briser les tabous et promouvoir l’Ă©galitĂ© des sexes.
Pour beaucoup de jeunes filles et de femmes, cette journĂ©e est l’occasion de partager leurs expĂ©riences, leurs dĂ©fis et leurs victoires face Ă ce sujet souvent entourĂ© de silence et de stigmatisation. Parce que les menstrues sont perçues comme un sujet exclusivement fĂ©minin, mais elles touchent en rĂ©alitĂ© tout le monde, y compris les garçons et les hommes, par leur impact sur les relations familiales, sociales et amicales.
En Ă©duquant les garçons, nous faisons un pas vers une sociĂ©tĂ© Ă©galitaire oĂč chacun peut vivre ses expĂ©riences naturelles avec dignitĂ© et soutien. La comprĂ©hension et l’empathie des garçons peuvent jouer un rĂŽle crucial dans la rĂ©duction de la stigmatisation.

Ăcouter les enfants, câest changer le monde
Khady CissĂ©, commissaire gĂ©nĂ©rale des 72 Heures des Menstrues et auteure d’ouvrages, a Ă©tĂ© profondĂ©ment Ă©mue par les paroles de sa fille de 13 ans: « Maman, il faut Ă©crire des livres pour briser le tabou autour des menstrues et prĂ©parer les filles, mĂȘme moins jeunes que moi, Ă gĂ©rer leurs menstrues. Maman, il faut Ă©crire quelque chose pour les aider. » InspirĂ©e par cette demande, Khady CissĂ© s’engage Ă donner le meilleur d’elle-mĂȘme pour soutenir toutes les jeunes filles Ă travers la littĂ©rature. En tant que sage-femme, coach certifiĂ©e et activiste passionnĂ©e par la gestion de lâhygiĂšne menstruelle en Afrique, elle met Ă profit son expertise et son engagement pour crĂ©er un impact durable.

Me concernant
Je me souviens encore du jour oĂč j’ai eu mes premiĂšres rĂšgles. J’avais 13 ans et quelques mois. Je ne comprenais pas vraiment ce qui m’arrivait. Personne ne m’avait prĂ©parĂ©e Ă cela. Ă l’Ă©cole, le sujet des menstrues Ă©tait Ă peine abordĂ©, et Ă la maison, c’Ă©tait un sujet tabou. Quand j’ai vu les premiĂšres taches de sang, j’ai paniquĂ©.
Je ne savais pas quoi faire, Ă qui en parler ou comment gĂ©rer cette situation nouvelle et perturbante. La honte et la peur m’ont envahies. J’ai expliquĂ© mon Ă©tat Ă ma voisine, qui mâa conseillĂ© d’utiliser des morceaux de pagne, une expĂ©rience quâelle avait dĂ©jĂ vĂ©cue. Je cachais Ă mes parents mon nouveau statut. Comme jâavais peur dâen parler Ă mes parents. Je nâavais pas eu de soutien financier.
Je n’avais pas aussi dâargent pour acheter des protections hygiĂ©niques adĂ©quates et, malheureusement, je mâĂ©tais retrouvĂ©e Ă utiliser des morceaux de tissu que ma voisine mâavait conseillĂ©. Cela me mettait mal Ă l’aise et me causait des irritations.
Ă l’Ă©cole, j’avais peur que les autres Ă©lĂšves dĂ©couvrent mon « secret ». Je me souviens de m’ĂȘtre isolĂ©e, Ă©vitant les activitĂ©s physiques et sociales, redoutant constamment les fuites et les moqueries. Câest aprĂšs deux mois successifs que mes parents ont Ă©tĂ© mis au courant. Car, ma mĂšre a dĂ©couvert mon caleçon tĂąchĂ© de sang que jâavais oubliĂ© dans la douche.
Ma maman a Ă©tĂ© gentille avec moi, elle mâa dit de ne pas avoir peur. Parce que câest un phĂ©nomĂšne naturel.
Depuis ce jour ma peur sâest dissipĂ©e et jâai pris courage.
Aujourdâhui, adulte, je sais plus ou moins comment mâentretenir, mais jâai encore peur que le phĂ©nomĂšne de rejet et de dĂ©goĂ»t se rĂ©pĂšte dans mon futur foyer. Câest pourquoi je joins ma plume Ă cette lutte afin de sensibiliser au changement de mentalitĂ© pour un monde plus inclusif.
 Interview de Marie Pascaline Menono

Ă lâoccasion de la JournĂ©e Internationale des 72 Heures des Menstrues en Afrique, jâai eu lâopportunitĂ© dâinterviewer Marie Pascaline Menono, consultante pour lâONU Femmes sur les questions de violences faites au genre. J’ai Ă©galement recueilli les tĂ©moignages de Marie Edweline et de Ouedraogo Mamourou, deux bĂ©nĂ©ficiaires de cet Ă©vĂ©nement.
Madame Menono nous parle de la réalité que vivent les filles et les femmes.
« Il y a des filles et des femmes qui manquent beaucoup dâopportunitĂ©s. Ă lâĂ©cole, de nombreuses filles abandonnent temporairement les cours Ă cause de leurs rĂšgles, ce qui les met en retard dans leur Ă©ducation. Il nâexiste aucune rĂ©glementation permettant Ă une fille en pĂ©riode menstruelle de prendre une pause pour se reposer et de revenir rattraper son retard par la suite. MĂȘme celles qui travaillent nâont pas le droit de rester Ă la maison pendant leurs rĂšgles sans risquer dâĂȘtre licenciĂ©es, et il en va de mĂȘme Ă lâuniversitĂ©. Les filles sont donc obligĂ©es de sâadapter Ă des normes conçues pour les garçons, alors quâelles ont des besoins diffĂ©rents. »
CHAQUE FEMME VIT SA PĂRIODE DE MENSTRUATION DE MANIĂRE UNIQUE ET PERSONNELLE.
« Les problĂšmes psychologiques sont Ă©galement importants. Sâil y a un million de femmes, il y a un million de façons de vivre les menstruations. Certaines souffrent de fatigue, d’autres ne mangent pas suffisamment, câest hormonal. Chaque mois, il y a un bouleversement. Nous devons avoir des espaces publics attentifs aux besoins des filles. Par exemple, dans un stade, il devrait y avoir des toilettes Ă©quipĂ©es de papier hygiĂ©nique et de serviettes hygiĂ©niques gratuites. »
LA PRĂCARITĂ MENSTRUELLE: UN OBSTACLE Ă LâINCLUSION SOCIALE DES FILLES et DES FEMMES
« Il y a aussi la prĂ©caritĂ© menstruelle. Celle-ci qui dĂ©signe le manque de moyens pour gĂ©rer ses rĂšgles. Par exemple, certaines filles ne peuvent pas sâacheter des serviettes hygiĂ©niques. Celles qui nây ont pas accĂšs sont dans lâinconfort Ă cause de la pauvretĂ© et des hostilitĂ©s de leur environnement, alors quâelles ont le droit dâĂȘtre heureuses. Il est crucial de prendre en compte les besoins spĂ©cifiques des filles et femmes pour promouvoir lâinclusion sociale.
Que pense Marie Edweline

SiluĂ© Sery Marie Edweline, 14 ans et Ă©lĂšve en classe de 4Ăšme, est lâune des participantes. Elle exprime sa joie de participer Ă la JournĂ©e Internationale des 72 Heures des Menstrues. Elle partage Ă©galement ses sentiments:
« Câest mon Ă©cole qui mâa donnĂ© lâopportunitĂ© de participer Ă cet Ă©vĂ©nement. Quand je suis venue, je nâavais aucune idĂ©e, mais Ă travers les diffĂ©rentes interventions, jâai appris beaucoup sur la menstruation. LâĂ©vĂ©nement m’a appris l’importance de l’information, du soutien et de la solidaritĂ©, surtout grĂące au court mĂ©trage. Le partage des acteurs inspire d’autres jeunes filles Ă parler de leurs expĂ©riences, Ă chercher de l’aide et Ă ne pas avoir honte de leurs rĂšgles. Les parents aussi doivent surveiller leurs filles quand elles atteignent lâĂąge de la menstruation. Aujourd’hui, je suis fiĂšre de voir combien la sociĂ©tĂ© Ă©volue grĂące Ă des initiatives comme la JournĂ©e Internationale des 72 Heures des Menstrues en Afrique . »
Les propos de Marie Edweline dĂ©montrent que la sortie officielle du court mĂ©trage « Sous le ciel de la pubertĂ© » a sans doute captivĂ© le public.
Le témoignage de Ouedraogo Mamourou

Conscient de l’importance de sensibiliser la population masculine, les garçons et les hommes ont Ă©tĂ© impliquĂ©s dans la JournĂ©e Internationale des 72 heures des menstrues en Afrique. Ouedraogo Mamourou, un jeune garçon de 13 ans en classe de 5Ăšme, a partagĂ© une expĂ©rience concernant sa sĆur.
Ouedraogo Mamourou confie quâil avait 11 ans lorsque sa grande sĆur, Fatou, a eu ses premiĂšres rĂšgles. Il se souvient du jour oĂč il est rentrĂ© de l’Ă©cole et a trouvĂ© sa sĆur en pleurs, cachĂ©e dans la salle de bain. Leur mĂšre Ă©tait avec elle, essayant de la rĂ©conforter.
« JâĂ©tais perplexe et inquiĂšte; je ne comprenais pas ce qui se passait. Plus tard dans la soirĂ©e, ma mĂšre mâa expliquĂ© que Fatou avait ses premiĂšres rĂšgles et que c’Ă©tait un processus naturel pour les filles de son Ăąge.»
MalgrĂ© les explications de sa mĂšre, Ouedraogo Mamourou se sentait confus et mal Ă l’aise. Il rĂ©vĂšle un fait:
« Je ne voulais pas ĂȘtre ce genre de personne, mais je ne savais pas comment rĂ©agir correctement. J’avais des questions, mais je ne savais pas Ă qui les poser sans me sentir embarrassĂ©. Ă travers cette journĂ©e, j’ai Ă©tĂ© instruit sur l’importance du rĂŽle des hommes dans la protection des filles et des femmes. Je souhaite utiliser ces connaissances Ă bon escient, rĂ©alisant que les filles n’ont pas de contrĂŽle sur ce phĂ©nomĂšne et que le soutien de leur entourage est crucial. »
« Dans mon Ă©cole, le sujet des rĂšgles est rarement abordĂ©, et quand il l’Ă©tait, c’Ă©tait souvent entourĂ© de rires nerveux ou de commentaires inappropriĂ©s. Je me souviens d’un camarade de classe qui sâĂ©tait moquĂ© d’une fille pour une tache sur son uniforme.»
Apprendre Ă soutenir les femmes: un parcours personnel
Ă travers la JournĂ©e Internationale des 72 Heures des menstrues en Afrique, Ouedraogo Mamourou voit les choses diffĂ©remment et il est prĂȘt Ă aider pour lâinclusion sociale des filles et des femmes.
L’importance de la JournĂ©e Internationale des 72 Heures des Menstrues

C’est prĂ©cisĂ©ment pour Ă©viter que d’autres filles ne vivent ce que j’ai vĂ©cu que la JournĂ©e Internationale des 72 Heures des Menstrues est si importante. En CĂŽte d’Ivoire, cette journĂ©e vise Ă :
⹠Sensibiliser et éduquer: fournir des informations précises et accessibles sur la santé menstruelle.
⹠Briser les tabous: encourager les discussions ouvertes sur les rÚgles pour démystifier le sujet et réduire la stigmatisation.
âą Promouvoir l’accĂšs aux produits hygiĂ©niques: mettre en place des initiatives pour rendre les protections menstruelles accessibles Ă toutes, indĂ©pendamment de leur situation Ă©conomique.
Cette journĂ©e est un rappel puissant que nous avons tous un rĂŽle Ă jouer pour Ă©duquer, soutenir et dĂ©fendre la santĂ© menstruelle. En brisant les tabous et en ouvrant des dialogues sincĂšres, nous contribuons Ă un monde oĂč chaque jeune fille peut aborder ses rĂšgles avec dignitĂ© et confiance.
Promouvoir la SantĂ© et l’HygiĂšne Menstruelle en Afrique de l’Ouest et du Centre
Avoir ses rĂšgles est un phĂ©nomĂšne naturel que vivent des millions de femmes chaque mois. Cependant, la santĂ© et lâhygiĂšne menstruelle restent encore taboues et sous-financĂ©es dans de nombreuses rĂ©gions, y compris en Afrique de lâOuest et du Centre. La troisiĂšme Ă©dition des « 72h des menstrues en Afrique », organisĂ©e par l’OSEFF en collaboration avec ONU Femmes CĂŽte d’Ivoire, via le Fonds Français Muskoka, a Ă©tĂ© l’occasion de diffuser le court mĂ©trage « Sous le ciel de la pubertĂ© » et de distribuer des kits menstruels rĂ©utilisables ainsi que des livres pour soutenir les jeunes filles. Cette journĂ©e vise Ă©galement Ă dĂ©construire les perceptions nĂ©gatives autour des menstruations, Ă promouvoir l’accĂšs aux services de santĂ© menstruelle, et Ă sensibiliser et Ă©duquer pour une gestion digne des menstruations.
Le tĂ©moignage de Ouedraogo Mamourou, de Marie Edweline, et lâinterview de Madame Menono ainsi que mon rĂ©cit montrent l’importance de l’Ă©ducation et de la sensibilisation sur les menstrues pour tous, y compris les garçons. Comprendre ce phĂ©nomĂšne permet de dĂ©velopper de l’empathie et de la solidaritĂ©, rĂ©duisant ainsi la stigmatisation et les tabous. En apprenant et en partageant cette connaissance, les jeunes garçons comme Mamourou peuvent devenir des alliĂ©s importants pour leurs sĆurs, amies et futures partenaires, contribuant Ă une sociĂ©tĂ© plus inclusive et respectueuse.
Nous pouvons crĂ©er une sociĂ©tĂ© plus durable et comprĂ©hensive, oĂč chaque fille se sent soutenue et valorisĂ©e.
Ensemble luttons contre la précarité menstruelle !
UNICEF Pour Chaque Enfant, fille et garçon, une opportunité égale





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